Souissi et le quartier des Ambassadeurs. Villas, hauteurs sous plafond de 3 m et plus, budgets sérieux. La commande type est un dressing complet dans une suite parentale, une bibliothèque toute hauteur en bois massif dans un bureau, parfois un habillage mural en tasseaux ou une porte à âme pleine plaquée noyer. On y travaille le massif et le placage, rarement le mélaminé. Le client de Souissi refuse le meuble qui sonne creux, et il a raison. Les délais y sont longs parce que les ouvrages sont dessinés, souvent avec un architecte d'intérieur, et parce que les validations prennent du temps.
Agdal. Le cœur du marché du placard à Rabat. Immeubles des années 60 à 90, appartements de 90 à 160 m², murs rarement d'aplomb, hauteurs sous plafond de 2,80 à 3,10 m. C'est exactement la configuration où le meuble en kit perd et où le sur mesure gagne : au-dessus de 2,36 m, un caisson standard vous laisse un vide à poussière sur toute la longueur. Beaucoup d'appartements loués à des cadres et des expatriés, donc des cuisines fermées à ouvrir et des placards à refaire vite mais bien, entre deux baux.
Hay Riad. Le neuf des années 2000 à 2020. Les promoteurs y ont livré des cuisines et des placards d'origine dont la faiblesse est toujours la même : caissons acceptables mais quincaillerie au rabais et chants papier. Au bout de six à huit ans, les coulisses lâchent et les chants pèlent aux angles. La demande dominante à Hay Riad n'est donc pas le placard neuf, c'est la reprise : changer les façades, remplacer les coulisses par de la sortie totale amortie, replaquer les chants en ABS. Cela coûte 30 à 50 % du prix d'un meuble neuf et le résultat dépasse souvent l'original.
Hassan, l'Océan, les Orangers, Diour Jamaa. Le bâti ancien de Rabat, en bonne partie d'époque du Protectorat. Ici, le menuisier ne passe pas ses journées à fabriquer du neuf : il ajuste. Portes intérieures en massif qui ont gonflé et frottent en hiver, dormants dont le pied a pourri sous l'effet d'une remontée d'humidité, fenêtres bois à deux battants dont les paumelles ont été repeintes vingt fois, plinthes et parquets anciens à reprendre sans tout arracher. C'est un travail de restauration qui ne s'achète pas au mètre linéaire.
Médina de Rabat et Kasbah des Oudayas. Marché à part : portes cloutées, moucharabiehs, cèdre sculpté. Peu d'artisans le pratiquent encore, les prix se font à la pièce, et la provenance du bois se demande avant de signer.